Mohamed Ouahbi dirige l’équipe nationale du Maroc depuis le 5 mars 2026. Né le 7 septembre 1976 à Schaerbeek, dans la région de Bruxelles, ce technicien belgo-marocain de 50 ans incarne une rupture dans le paysage des Lions de l’Atlas : il n’a jamais été joueur professionnel et s’est construit, en près de trente ans, une réputation de formateur et de pédagogue plutôt que d’homme de banc médiatique. Pour la diaspora marocaine d’Europe, son parcours ressemble à une revanche douce : celle d’un fils d’immigrés qui a appris le football dans les salles de classe et les terrains de quartier avant de conduire la sélection A.
Qui est Mohamed Ouahbi ?
Mohamed Ouahbi naît à Schaerbeek de parents marocains et grandit dans le quartier de la gare de Schaerbeek, à Bruxelles. Son imaginaire de footballeur se forme devant un écran, en suivant le Maroc lors de la Coupe du monde 1986, première grande aventure des Lions de l’Atlas sur la scène internationale. Cette référence revient souvent chez lui : elle explique une part de son attachement au pays qu’il entraîne aujourd’hui.
Contrairement à la plupart de ses prédécesseurs, il n’a pas de carrière de joueur à raconter. Il le dit sans détour : il a vite compris qu’il n’avait pas le talent nécessaire pour devenir professionnel. Il choisit donc l’enseignement et devient professeur d’éducation physique, un métier qu’il exerce une quinzaine d’années, notamment auprès d’enfants de 6 à 12 ans dans le primaire, près du quartier de l’Yser à Bruxelles.
Cette double vie — professeur le jour, éducateur de jeunes le soir — façonne sa méthode. À 21 ans, il encadre déjà des équipes de jeunes au Maccabi Brussels. Il parle français, arabe, néerlandais et espagnol, ce qui facilite son dialogue avec un vestiaire où se croisent des joueurs formés en Belgique, aux Pays-Bas, en France ou au Maroc. Dans le milieu, on l’appelle simplement « Mo ».
Parcours d’entraîneur
Sa carrière d’entraîneur commence en 1997 au Maccabi Brussels, où il encadre des équipes de jeunes pendant six saisons. Il y apprend la planification, l’observation et l’évaluation des joueurs, en concevant des séances adaptées à chaque catégorie d’âge. C’est aussi là qu’il noue des amitiés durables, notamment avec Yannick Ferrera.
En 2003, il rejoint le centre de formation du RSC Anderlecht, à Neerpede. Il commence avec les U9 d’une génération qui compte Charly Musonda Jr. et Adnan Januzaj, puis grimpe toutes les catégories, des U10 aux espoirs. Pendant près de dix-sept ans, il participe à l’éclosion de joueurs devenus des références européennes : Youri Tielemans, Jérémy Doku, Dodi Lukébakio, Yari Verschaeren ou Leander Dendoncker. Avec les espoirs, son équipe atteint les demi-finales de la Youth League, la Ligue des champions des jeunes, et il est champion de Belgique U17 en 2018.
En 2015-2016, il devient entraîneur adjoint de l’équipe première aux côtés de Besnik Hasi, une saison conclue à la deuxième place du championnat belge et marquée par un parcours européen jusqu’aux huitièmes de finale de la Ligue Europa. Après le départ de Hasi en mai 2016, il retourne à la formation jusqu’à son départ du club en 2021.
S’ensuit une courte expérience en Arabie saoudite, au sein du staff d’Al-Fateh SC aux côtés de son ami Yannick Ferrera, comme entraîneur adjoint, avant la fin de l’aventure début 2022.
En mars 2022, le président de la Fédération royale marocaine de football, Fouzi Lekjaa, le nomme sélectionneur de l’équipe du Maroc des moins de 20 ans, en succession de Zakaria Aboub. Les débuts sont compliqués : la non-qualification à la CAN U20 en 2023 oblige le staff à reconstruire. Le travail finit par payer. En 2025, les Lionceaux atteignent la finale de la CAN U20 en Égypte, perdue 1-0 contre l’Afrique du Sud, avant de décrocher, quelques mois plus tard au Chili, le premier titre mondial de l’histoire du football marocain : champions du monde U20 après une finale gagnée 2-0 contre l’Argentine.
Le 9 décembre 2025, il est promu à la tête de l’équipe olympique (U23) pour préparer les Jeux olympiques de Los Angeles en 2028, en remplacement de Tarik Sektioui. Il n’aura pas le temps de s’asseoir sur ce banc : le 5 mars 2026, au Complexe Mohammed VI, Fouzi Lekjaa le présente comme nouveau sélectionneur de l’équipe A, en succession de Walid Regragui. Il est épaulé notamment par l’entraîneur adjoint João Sacramento, passé par des environnements exigeants en Europe.
Philosophie de jeu et tactique
Chez Mohamed Ouahbi, la pédagogie précède la tactique. Sa conviction tient en trois mots, résumés dans une conférence TEDx : croire, travailler, réussir. Comprendre le jeu, réfléchir et décider sur le terrain comptent davantage, selon lui, que la simple exécution d’un plan. Il valorise l’unité du groupe, l’autonomie du joueur et la responsabilité tactique.
Sur le terrain, il assume un style offensif axé sur la possession, à l’opposé de la prudence parfois reprochée à son prédécesseur. Son ambition est que le Maroc domine ses matches et se comporte « comme une grande équipe », y compris face aux nations majeures. Il communique peu par l’émotion, préférant un management calme, des messages clairs et des recadrages faits au bon moment, sans hausser le ton.
Autre marqueur fort : la confiance accordée aux jeunes et aux binationaux. Son équipe U20 championne du monde était majoritairement composée de joueurs nés ou formés à l’étranger, complétés par des éléments issus de l’Académie Mohammed VI. La même logique irrigue aujourd’hui l’équipe A, avec plusieurs joueurs issus de la génération U20 et des débuts précoces offerts à des profils très jeunes.
Son bilan avec le Maroc
Au 30 septembre 2026, son bilan à la tête des Lions de l’Atlas s’établit à 13 matches dirigés, pour 9 victoires, 3 nuls et une seule défaite, avec 29 buts inscrits et 8 encaissés. Son équipe n’est restée muette qu’une seule fois, et sa défense a gardé sa cage inviolée à six reprises. Des chiffres solides pour un technicien qui découvrait le très haut niveau il y a quelques mois.
Son premier grand rendez-vous a été la Coupe du monde 2026. Le Maroc, versé dans un groupe comprenant le Brésil, l’Écosse et Haïti, entame la compétition par un nul 1-1 face au Brésil. Ce soir-là, la sélection devient la première équipe nationale de l’histoire à aligner un onze de départ composé uniquement de joueurs nés à l’étranger, un symbole fort pour la diaspora. Après une défaite contre l’Écosse, les Lions se relancent en battant Haïti 4-2, puis éliminent les Pays-Bas en seizièmes de finale (1-1, victoire aux tirs au but) et le Canada 3-0 en huitièmes.
Le parcours s’arrête en quart de finale contre la France, sur une défaite 2-0. Mohamed Ouahbi assume l’entière responsabilité de l’élimination et reconnaît un manque de percussion, tout en estimant que son équipe a produit le meilleur football de l’histoire du Maroc en Coupe du monde. La suite de la saison confirme la dynamique : dans les éliminatoires de la CAN 2027, les Lions s’imposent 2-0 face au Gabon puis 2-0 au Lesotho lors de la trêve de septembre 2026.
Le débat, au Maroc comme dans la diaspora, porte moins sur les résultats que sur le tempo à lui accorder. Des observateurs rappellent qu’il a sauté une étape en passant directement des U20 à l’équipe A, sans diriger un seul match avec les U23, et qu’il faudra du temps pour stabiliser un jeu plus ambitieux face aux grandes nations. D’autres soulignent au contraire sa capacité à intégrer rapidement de nouveaux profils et à maintenir un vestiaire serein.
Palmarès
- Champion du monde U20 en 2025 avec le Maroc, premier titre mondial du pays.
- Finaliste de la CAN U20 en 2025 avec le Maroc.
- Vainqueur du tournoi UNAF U20 en 2024 et vice-champion en 2023.
- Champion de Belgique U17 en 2018 avec le RSC Anderlecht.
- Parcours jusqu’en demi-finales de la Youth League avec les espoirs d’Anderlecht.
- Quart de finaliste de la Coupe du monde 2026 avec les Lions de l’Atlas.
Questions fréquentes
Quand et où est né Mohamed Ouahbi ?
Le 7 septembre 1976 à Schaerbeek, en Belgique, de parents marocains. Il a eu 50 ans quelques jours avant le début de la saison 2026-2027.
Depuis quand est-il sélectionneur du Maroc ?
Depuis le 5 mars 2026, date de sa présentation officielle en succession de Walid Regragui, soit environ trois mois avant le début de la Coupe du monde 2026.
Quel est son bilan à la tête des Lions de l’Atlas ?
Au 30 septembre 2026 : 13 matches, 9 victoires, 3 nuls et 1 défaite, 29 buts marqués et 8 encaissés. Son seul revers date du quart de finale de la Coupe du monde 2026 contre la France.
A-t-il déjà été joueur professionnel ?
Non. Il a été professeur d’éducation physique pendant une quinzaine d’années tout en entraînant des équipes de jeunes, d’abord au Maccabi Brussels puis seize à dix-sept ans dans la formation du RSC Anderlecht.












